Un chiffre qui ne laisse aucune place à l’interprétation : près de 90 % des humains vivent avec le virus Epstein-Barr (EBV), sans le savoir, tapis dans leurs cellules. La mononucléose infectieuse, ou « maladie du baiser », fait partie de ces infections discrètes, souvent banales, parfois retorses quand vient le temps de les diagnostiquer.
Comment survient l’infection par la mononucléose ?
L’acquisition du virus se produit le plus souvent dès l’enfance, bien avant l’entrée au collège. Chez les jeunes enfants, l’infection passe généralement inaperçue, sans le moindre signe d’alerte. Mais chez les adolescents et les jeunes adultes, entre 14 et 25 ans, le tableau prend une tout autre tournure, avec des symptômes parfois marqués. Bien que la transmission principale se fasse par la salive, ce qui lui a valu son surnom, le virus peut aussi voyager lors de rapports sexuels, de transfusions sanguines ou de greffes d’organes. Un fait souvent sous-estimé : même sans symptôme, une personne reste contagieuse, parfois durant des mois après la disparition des signes visibles.
Quels signes doivent alerter ?
La maladie commence souvent de façon insidieuse : fatigue persistante, perte d’appétit, douleurs diffuses dans les muscles et les articulations, frissons. Rien de très spécifique, jusqu’à ce que la fièvre s’installe (parfois jusqu’à 40°C), accompagnée d’une gorge enflammée avec amygdalite, et des ganglions du cou qui gonflent. À ce trio classique s’ajoutent parfois d’autres désagréments : difficultés à avaler, maux de tête, douleurs abdominales, éruptions cutanées, sensation de faiblesse généralisée. Lors d’un examen, le médecin peut mettre en évidence une augmentation du volume du foie et de la rate. Cette phase aiguë s’étire généralement entre une et trois semaines.
Difficultés du diagnostic : la mononucléose brouille les pistes
Identifier une mononucléose n’a rien d’automatique. Les symptômes ressemblent à s’y méprendre à une angine à streptocoques, ou à d’autres infections virales du pharynx. Parfois même, il faut différencier une infection par EBV d’autres coupables : cytomégalovirus (CMV), VIH, HHV-6, virus de la rubéole, adénovirus ou toxoplasmose. Chez l’enfant, le tableau clinique peut se montrer atypique. Souvent, le diagnostic n’est évoqué qu’après l’échec d’un traitement antibiotique contre une angine présumée. Pourtant, repérer la maladie tôt permet d’éviter des complications et d’adapter la prise en charge.
Quels examens de laboratoire pour diagnostiquer la mononucléose ?
Pour mieux s’y retrouver, plusieurs analyses médicales viennent aiguiller le diagnostic. Voici ce que les professionnels de santé utilisent en routine :
- Analyse sanguine avec frottis manuel : Un simple hémogramme complet met en lumière une augmentation des globules blancs (leucocytose) et des lymphocytes, parfois dès les premiers jours. Une chute légère des neutrophiles ou des plaquettes peut également être notée. L’examen du frottis sanguin, réalisé au microscope, confirme souvent la présence de lymphocytes atypiques.
- Analyses biochimiques : Un taux élevé de protéine C-réactive (CRP) témoigne d’une inflammation. Les tests du bilan hépatique (ALAT, ASAT, GGT, phosphatase alcaline, LDH) révèlent parfois une atteinte du foie, caractéristique de la maladie. La bilirubine et la phosphatase alcaline peuvent aussi être modérément augmentées.
- Recherche d’anticorps hétérophiles : Ce test, basé sur la détection d’anticorps non spécifiques, peut orienter le diagnostic s’il est positif. Son interprétation demande toutefois de le confronter aux résultats de la numération sanguine.
- Sérologie spécifique anti-EBV : En cas de doute, on recherche des anticorps dirigés contre des composants précis du virus (anti-VCA, anti-EA, anti-EBNA). La présence d’anticorps anti-VCA de type IgM indique une infection récente. Les IgG témoignent d’une exposition plus ancienne. Ces analyses reposent sur des techniques comme l’ELISA ou l’immunofluorescence indirecte, considérée comme référence.
- Techniques moléculaires : Les méthodes de biologie moléculaire (PCR, PCR en temps réel, hybridation in situ) permettent de détecter directement le matériel génétique du virus. Elles sont particulièrement utiles chez les personnes immunodéprimées, qui ne développent pas toujours les anticorps attendus.
Pour illustrer : un adolescent avec fièvre, gorge rouge, ganglions et fatigue, traité sans effet par antibiotiques, sera souvent orienté vers ces analyses ciblées, le diagnostic tombe alors, parfois avec soulagement, souvent avec la promesse d’un repos prolongé.
M.Sc. Justyna Kata-Bury
Réseau de laboratoires médicaux DIAGNOSTICS
Sources :
- Leś K, Przybylski M, Łazińska B. Diagnostic de laboratoire de la mononucléose infectieuse chez les patients traités ambulatoires. Avances des sciences médicales 2015 ; bar XXVIII, n° 4B.
- Rajewski P, Rajewski P, Waleśkiewicz-Concomber K. Mononucléose infectieuse, description du cas. Forum sur la médecine familiale 2015 ; Volume 9, no 4, 344-347.
- Wrembel JM, Jarmolinski T. Mononucléose infectieuse chez les enfants, expérience de soi. Progrès des sciences médicales 2016 ; XXIX (6) : 391-396.
- E. mononucléose infectieuse pellaire. Pédiatrie après la diplomatie 2012 ; 16 (6) :15-21.
- Kozlowska M, Pavlovska B. Évaluation de l’état immunitaire dans les infections à EBV. Diagnosticien de laboratoire 2018 ; n° 4 (53).
La mononucléose se cache souvent derrière des symptômes trompeurs, mais les outils diagnostiques, eux, ne mentent pas. En cas de doute, ils permettent d’éclairer ce que le corps tait, et de lever le voile sur un virus décidément plus banal, et plus rusé, qu’on ne le croit.

