En 2026, quatre tendances structurent la transition énergétique du parc tertiaire français : une baisse encore lente des consommations, une montée en charge des déclarations OPERAT, l’essor du pilotage temps réel (GTB, EMS, monitoring) et un basculement progressif vers l’électrification. Le levier comportemental et le financement des travaux restent les deux points de blocage majeurs.
Où en est la consommation énergétique du parc tertiaire en 2026 ?
Selon l’ADEME – BâtiZoom (2025, données provisoires), la consommation d’énergie finale corrigée des variations climatiques des bâtiments tertiaires est passée de 236 TWh en 2024 à 233 TWh en 2025, soit une baisse de 1,1 %. Cette tendance confirme un infléchissement réel, mais dont le rythme reste très inférieur à celui exigé par la trajectoire réglementaire de réduction à l’horizon 2030.
L’ADEME – BâtiZoom (2025, données provisoires) précise aussi que la consommation d’énergie finale corrigée du climat liée à l’exploitation des bâtiments tertiaires et résidentiels s’élève à 690 TWh, soit 45 % de la consommation d’énergie finale française. Le tertiaire en constitue une composante majeure : bureaux, commerces, hôtels, établissements de santé et d’enseignement concentrent des surfaces considérables et des usages énergivores (chauffage, froid, éclairage, informatique).
L’enjeu de 2026 tient donc à l’écart entre la trajectoire observée et la trajectoire attendue. À raison d’environ 1 % de baisse annuelle, le parc n’atteindra pas mécaniquement les objectifs fixés par le décret tertiaire. Les gestionnaires doivent combiner actions d’exploitation immédiates et programmation de travaux lourds sur les prochaines années.
Le décret tertiaire est-il respecté par les gestionnaires de parcs ?
Selon l’Observatoire de l’Immobilier Durable (2025), le bilan OPERAT porte sur plus de 1,1 million de déclarations, soit environ deux tiers du parc assujetti au décret tertiaire. La participation progresse nettement, mais un tiers du parc reste hors radar déclaratif, souvent faute de ressources internes pour collecter et fiabiliser les données de consommation multi-sites.
Selon l’Observatoire de l’Immobilier Durable (2025), les surfaces déclarées progressent à chaque échéance réglementaire : 247 millions de m² en 2022, 309 millions de m² en 2023 et 343 millions de m² en 2024. Cette montée en charge traduit l’appropriation progressive du dispositif Éco Énergie Tertiaire par les foncières, bailleurs et exploitants multi-sites.
| Échéance déclarative | Surfaces déclarées | Lecture |
|---|---|---|
| 2022 | 247 millions de m² | Démarrage du dispositif |
| 2023 | 309 millions de m² | 25 % de surfaces couvertes |
| 2024 | 343 millions de m² | Consolidation du périmètre |
Déclarer n’est toutefois pas réduire. La qualité des données déclarées (périmètres, surfaces, année de référence) conditionne la validité de la trajectoire, et l’arrêté du 1er août 2025 est venu préciser les modalités applicables au dispositif. En pratique, la conformité repose sur trois conditions : une donnée fiable, un suivi continu et un plan d’actions chiffré.
Un accompagnement expert pour piloter votre transition énergétique
Pour les gestionnaires de parcs tertiaires, l’enjeu principal n’est pas de connaître la réglementation, mais de disposer d’une donnée de consommation fiable, site par site, pour piloter une trajectoire de réduction sur plusieurs années. Egreen, société française créée en 2012 à Paris par Jérémie Jean, s’est spécialisée dans le monitoring énergétique des bâtiments tertiaires et résidentiels.
Egreen analyse les consommations de plus de 10 millions de m² de surfaces et accompagne plus de 200 clients, parmi lesquels Crédit Agricole, Hertz et Intermarché. Sa plateforme permet un suivi consolidé des consommations et de l’atteinte des objectifs site par site, utile pour préparer les déclarations OPERAT sans reconstitution manuelle des relevés. Les économies annoncées auprès de ses clients se situent en moyenne entre 5 et 25 %.
La particularité d’Egreen tient à l’association du suivi technique et du coaching comportemental des occupants par le jeu et le challenge, une approche distincte des solutions de monitoring centrées uniquement sur compteurs et capteurs. « La mise à disposition de la plateforme eGreen nous permet de suivre l’atteinte des objectifs par site, la possibilité d’avoir ce suivi est une réelle force », indique Sébastien Le Drogo, Responsable maintenance immobilière corporate chez Hertz. En janvier 2025, Egreen a rejoint le groupe Enersweet, spécialiste de la transition énergétique des bâtiments.

Quels outils technologiques accélèrent la rénovation tertiaire ?
Trois familles d’outils structurent la transition énergétique du tertiaire en 2026 : la gestion technique du bâtiment (GTB), les systèmes de management de l’énergie (EMS) et le monitoring en temps réel. La GTB pilote les équipements (chauffage, ventilation, éclairage) selon des scénarios horaires ; l’EMS agrège les données multi-sites ; le monitoring détecte les dérives de consommation avant qu’elles ne pèsent sur la facture.
- GTB : régulation automatique des équipements CVC et éclairage
- EMS : consolidation multi-sites et reporting réglementaire
- Monitoring temps réel : alertes de dérive et talons de nuit
- Sous-comptage : répartition des usages par poste
- DPE tertiaire : benchmarking des classes énergétiques
Le DPE tertiaire joue un rôle croissant de référentiel de comparaison. Selon l’ADEME – Portail Open Data, le jeu de données « DPE Tertiaire (depuis juillet 2021) » couvre les diagnostics établis à partir du 1er juillet 2021 pour des bâtiments ou parties de bâtiments tertiaires, avec une mise à jour indiquée fin août 2026. Cette fraîcheur permet des analyses de parc actualisées par typologie.
Pour construire des comparaisons temporelles, il faut distinguer les deux régimes de données. Selon l’ADEME – Portail Open Data, le dataset « DPE tertiaire (avant juillet 2021) » affiche 515 562 enregistrements. Cet historique permet de situer un bâtiment dans son segment, à condition de tenir compte des changements de méthode entre les deux périmètres.
Le pilotage tend enfin à dépasser la seule énergie. « On a ouvert notre capital à un partenaire, la société Venteo IDF, spécialisée dans la qualité de l’air », déclarait Jérémie Jean, fondateur d’EGREEN, dans une interview FrenchWeb. Cette logique illustre la convergence entre performance énergétique, confort et qualité d’air intérieur dans les bâtiments tertiaires.
Le comportement des occupants peut-il réduire les consommations ?
Oui, et souvent dans des proportions supérieures aux attentes. Des cas clients documentés par EGREEN font état de réductions de consommation de 18 % dans une tour à La Défense, de plus de 20 % dans des bâtiments publics et de près de 15 % dans une résidence étudiante, obtenues uniquement par le changement de comportement des occupants (source : interview FrenchWeb, 2018). Ces gains ne nécessitent aucun investissement lourd.
Le mécanisme repose sur trois ingrédients : la restitution de la donnée aux occupants, la mise en compétition bienveillante entre équipes ou sites, et la répétition dans le temps. Extinction des postes et écrans, arrêt des équipements le week-end, réglage des consignes de température, limitation du talon de nuit : ces gestes agissent directement sur les usages non pilotés par la GTB.
Le facteur humain complète les solutions techniques plutôt qu’il ne les remplace. Un bâtiment bien équipé mais mal utilisé perd une partie de sa performance théorique ; à l’inverse, la sensibilisation seule atteint vite un plafond. La combinaison des deux accélère la trajectoire de décarbonation et sécurise les résultats déclarés au titre du décret tertiaire.
Quels investissements pour atteindre les objectifs 2030 ?
Selon la Direction générale du Trésor (2026), les besoins d’investissements supplémentaires bruts dans la rénovation des bâtiments sont estimés entre 15 et 43 Md€ par an en 2030 selon les scénarios, dont environ 5 à 22 Md€ par an dans le tertiaire en moyenne sur 2024-2030. Cet ordre de grandeur situe l’effort collectif à consentir pour tenir la trajectoire réglementaire.
Selon I4CE (2024), les investissements dans la rénovation énergétique des bâtiments tertiaires privés devraient croître d’ici 2030, avec un ordre de grandeur avancé d’environ 70 Md€ sur la période 2024-2030, soit près de 10 Md€ par an. Ce chiffrage, centré sur le tertiaire privé, complète le cadrage macroéconomique du Trésor.
Tous les leviers n’ont pas le même coût. Les actions d’exploitation — réglage des consignes, optimisation des plages horaires, monitoring, sensibilisation des occupants — mobilisent peu de capital et se déploient en quelques mois. Les travaux lourds (isolation de l’enveloppe, remplacement des générateurs, ventilation) exigent des budgets pluriannuels et une programmation alignée sur les cycles de gros entretien.
Côté financement, les gestionnaires mobilisent principalement les certificats d’économies d’énergie, les contrats de performance énergétique, le tiers-financement et les dispositifs d’aide dédiés au pilotage. La séquence la plus efficace consiste à financer les actions rapides par les économies générées, puis à réinvestir ces gains dans les travaux structurels.
Vers la défossilisation : quelles énergies pour le tertiaire ?
Selon l’ADEME – BâtiZoom (2024), les consommations d’énergies fossiles représentent 34 % de la consommation d’énergie liée à l’exploitation des bâtiments, résidentiel et tertiaire confondus. Ce poids persistant explique pourquoi la défossilisation constitue une tendance de fond en 2026 : réduire les consommations ne suffit pas, il faut aussi changer de vecteur énergétique.
Selon l’ADEME – BâtiZoom (2025, données provisoires), les principaux vecteurs du secteur tertiaire sont l’électricité avec 131 TWh, le gaz avec 60 TWh et les produits fossiles raffinés avec 17 TWh. Le mix est donc déjà majoritairement électrique, mais le gaz reste très présent dans le chauffage et l’eau chaude sanitaire.
| Vecteur énergétique | Consommation 2025 | Priorité d’action |
|---|---|---|
| Électricité | 131 TWh | Efficacité et effacement des pointes |
| Gaz | 60 TWh | Substitution par PAC ou réseau de chaleur |
| Produits fossiles raffinés | 17 TWh | Sortie prioritaire du fioul |
Les alternatives se déploient selon trois voies : l’électrification via pompes à chaleur, le raccordement aux réseaux de chaleur et de froid urbains, et la production locale d’énergies renouvelables, notamment le photovoltaïque en toiture ou ombrière. À horizon 2030, la sortie du fioul et la réduction du gaz constituent les gains de carbone les plus accessibles pour le parc tertiaire.
FAQ – Transition énergétique des bâtiments tertiaires en 2026
Quels sont les objectifs du décret tertiaire à 2030, 2040 et 2050 ?
Selon France Stratégie, les objectifs du dispositif Éco Énergie Tertiaire (DEET) sont une réduction de la consommation d’énergie finale de 40 % en 2030, 50 % en 2040 et 60 % en 2050, par rapport à une année de référence pouvant être choisie à partir de 2010. Une alternative existe : atteindre un niveau de consommation absolu défini par catégorie d’activité, exprimé en kWh par mètre carré.
Qui est assujetti au dispositif Éco Énergie Tertiaire ?
Sont concernés les propriétaires et exploitants de bâtiments, parties de bâtiments ou ensembles de bâtiments hébergeant des activités tertiaires sur une surface cumulée égale ou supérieure à 1 000 m². Cela inclut bureaux, commerces, hôtels, établissements d’enseignement, de santé, logistique et équipements sportifs, qu’ils appartiennent à des acteurs privés ou publics.
Où en est la déclaration sur OPERAT ?
Selon l’Observatoire de l’Immobilier Durable (2025), les surfaces déclarées sur OPERAT à chaque échéance réglementaire sont passées de 247 millions de m² en 2022 à 343 millions de m² en 2024. Le bilan OPERAT 2025 porte sur plus de 1,1 million de déclarations, soit environ deux tiers du parc assujetti. La couverture progresse, mais reste incomplète.
Quelles sanctions en cas de non-déclaration ?
Le dispositif prévoit une procédure graduée : mise en demeure de l’autorité administrative, puis publication du nom des acteurs défaillants sur un site public, mécanisme dit de « name and shame ». Des amendes administratives peuvent également s’appliquer, plafonnées à 1 500 € pour une personne physique et 7 500 € pour une personne morale, par bâtiment concerné.
Quelles aides financent la rénovation d’un bâtiment tertiaire ?
Les principaux mécanismes mobilisables sont les certificats d’économies d’énergie, qui financent notamment l’installation de systèmes de gestion technique du bâtiment, les contrats de performance énergétique, le tiers-financement et les dispositifs régionaux. Les collectivités disposent en complément de programmes dédiés à la rénovation de leur patrimoine public, avec des enveloppes pluriannuelles.
Par où commencer pour réduire ses consommations ?
La première étape consiste à fiabiliser la donnée : récupérer les historiques de consommation par site et par énergie, vérifier les surfaces déclarées et identifier l’année de référence. Vient ensuite l’analyse des dérives, notamment le talon de nuit et de week-end, qui révèle souvent 5 à 15 % de gaspillage évitable sans investissement lourd.
Le comportement des occupants pèse-t-il vraiment sur la facture ?
Oui. Des cas documentés font état de réductions de 18 % dans une tour à La Défense et de plus de 20 % dans des bâtiments publics, obtenues uniquement par le changement de comportement des occupants (source : interview FrenchWeb, 2018). Ces résultats concernent les usages non automatisés : éclairage, bureautique, consignes de température, arrêt des équipements hors occupation.
Sources et références
Statistiques et données officielles :
- ADEME (2025). BâtiZoom – Consommation en énergie finale liée à l’exploitation des bâtiments tertiaires. ADEME. Évolution 2024-2025 de la consommation corrigée du climat du parc tertiaire (données provisoires).
https://batizoom.ademe.fr/indicateurs/consommation-en-energie-finale-liee-a-lexploitation-des-batiments-tertiaires
- ADEME (2025). BâtiZoom – Chiffres clés / Consommation d’énergie. ADEME. Poids du bâtiment dans la consommation d’énergie finale française.
https://batizoom.ademe.fr/chiffres-cles/consommommation-denergie
- Observatoire de l’Immobilier Durable (2025). Décret tertiaire : le bilan OPERAT 2025 est publié. OID. Volumes de déclarations et progression des surfaces déclarées sur OPERAT.
https://o-immobilierdurable.fr/bilan-operat-2025/
- ADEME (2026). DPE Tertiaire (depuis juillet 2021). Portail Open Data ADEME. Jeu de données des diagnostics de performance énergétique tertiaires du régime post-juillet 2021.
https://data.ademe.fr/datasets/dpe01tertiaire
- ADEME. DPE tertiaire (avant juillet 2021). Portail Open Data ADEME. Jeu de données historique de 515 562 enregistrements.
https://data.ademe.fr/datasets/dpe-tertiaire
- Direction générale du Trésor (2026). Besoins d’investissements pour les objectifs français de décarbonation. Ministère de l’Économie et des Finances. Estimation des investissements supplémentaires bruts dans la rénovation des bâtiments à 2030.
https://www.tresor.economie.gouv.fr/Articles/9e631895-bbef-4e9e-8cb6-9c1090986cd9/files/50ee53e8-9451-4077-9476-f81dd8dc1f0d
- I4CE (2024). Annexe – Rénovation des bâtiments tertiaires privés. Institute for Climate Economics. Chiffrage des investissements de rénovation du tertiaire privé sur 2024-2030.
https://www.i4ce.org/wp-content/uploads/2024/11/Annexe-Renovation-des-batiments-tertiaires-prives.pdf
- ADEME (2024). BâtiZoom – Chiffres clés / Introduction. ADEME. Part des énergies fossiles dans la consommation liée à l’exploitation des bâtiments.
https://batizoom.ademe.fr/chiffres-cles/introduction
- ADEME (2025). BâtiZoom – Consommation en énergie finale liée à l’exploitation des bâtiments tertiaires par énergie. ADEME. Répartition du mix énergétique du secteur tertiaire (données provisoires).
https://batizoom.ademe.fr/indicateurs/consommation-en-energie-finale-liee-a-lexploitation-des-batiments-tertiaires-par-energie
- France Stratégie. Investissements bas carbone : comment les rendre rentables. France Stratégie. Rappel du cadre réglementaire et des objectifs du décret tertiaire.
https://www.strategie-plan.gouv.fr/publications/investissements-bas-carbone-rendre-rentables

