Je pense que l’excitation de la séance du Rogue 1 est déjà sortie de toi, n’est-ce pas ? C’est bien, car maintenant avec une tête fraîche, nous pouvons nous pencher sur le problème le plus pressant concernant cette vidéo. Il s’agit, bien sûr, de la technologie CGI et de son utilisation pour ressusciter, surtout, le Great Moff Tarkin.
L’apparition de Grand Moff Tarkin dans Rogue 1 a mis la technologie numérique sous le feu des projecteurs. Était-ce vraiment indispensable de ramener ce personnage à l’écran grâce à des effets spéciaux, plutôt que de choisir un nouvel acteur ? Certains ont avancé qu’il aurait été plus respectueux de laisser Peter Cushing reposer en paix, mais les responsables du film ont coupé court à toute spéculation. Pour eux, l’absence de Tarkin aurait nécessité des explications inutiles. Le personnage occupe une place centrale dans la hiérarchie de l’Empire, et Lucasfilm ne voulait pas d’une version au rabais. Kiri Hart, garante de la cohérence du récit chez Lucasfilm, l’a dit sans détour :
Si Moff Tarkin n’était pas apparu dans le film, il faudrait nous expliquer pourquoi il n’était pas là.
Ce raisonnement se tient : remplacer Cushing par un autre visage aurait inévitablement déclenché la controverse. Effacer Tarkin du scénario, c’était priver l’intrigue d’un pilier. Au bout du compte, l’option la plus crédible restait l’animation numérique.
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Pour être précis, Tarkin ne s’est pas contenté d’être un pur produit informatique. Sur le plateau, Guy Henry (vu dans Harry Potter et l’insigne de la mort, V comme Vendetta) prêtait son corps et sa voix. Ensuite, ILM (Industrial Light & Magic) a superposé le visage de Cushing, recréé à partir d’archives de New Hope, sur le jeu de Henry. John Knoll, directeur du studio, revendique sans détour la minutie de l’équipe : chaque mouvement de lèvre, chaque trait du visage a été travaillé pour retrouver l’expression si caractéristique de Cushing.
Comme Cushing parlait « aah », il ne bougea pas sa lèvre supérieure. Il n’ouvrait sa bouche que quelque part à mi-chemin et faisait tout le mouvement en utilisant sa lèvre inférieure afin que nous puissions repérer ses dents inférieures de la voûte plantaire.
La passion de l’équipe d’ILM crève l’écran. Mais, selon Knoll, ils sont restés fidèles à leur ligne de conduite : privilégier le réalisme sur la simple vraisemblance.
L’équipe avait tout de même prévu un plan B, au cas où Lucasfilm ou Disney n’auraient pas validé le résultat final. Ce plan de secours aurait consisté à limiter la présence de Tarkin à quelques hologrammes ou à confier ses répliques à d’autres personnages. John Knoll en parle ouvertement :
Nous avons permis à Tarkin d’apparaître dans les conversations uniquement sous la forme d’un hologramme ou le transfert de ses problèmes à d’autres personnages.
Mais reconnaissons-le, un Tarkin relégué au second plan, réduit à de simples hologrammes, n’aurait convaincu personne. Finalement, le personnage a retrouvé toute son ampleur et s’est imposé comme le véritable antagoniste de soutien du film. Ce choix relance un débat : la résurrection numérique des acteurs va-t-elle devenir une habitude à Hollywood ? Va-t-on bientôt retrouver Marlon Brando ou Audrey Hepburn dans des films inédits, générés par ordinateur ? John Knoll se veut rassurant. D’après lui, Rogue 1 restera un cas particulier :
Je ne peux pas imaginer que ça arrive. Nous l’avons fait parce que nous avions une solide prémisse de l’histoire. Tarkin était essentiel à cela pour transmettre correctement une histoire donnée. Ce processus est extrêmement chrono et laborieux et inimaginablement coûteux. Ça ne me croirait même pas que quelqu’un puisse créer quelque chose comme ça pour une raison insignifiante. Nous n’avons pas l’intention de le faire à nouveau parce que, comme je l’ai mentionné, cela n’avait de sens que dans ce cas.
Pas la peine de rêver à une version numérique du Parrain avec des acteurs ressuscités. Malgré l’audace de Rogue 1, la généralisation de ce procédé n’est pas pour demain. Les cinéphiles restent prudents, et les studios aussi. La technologie ouvre des portes, mais le public n’est pas prêt à voir revenir tous les fantômes du cinéma.
Source : ComicBookMovie.com/Introduction Illustration : Matériel de presse

