Philippe Starck a conçu plus de dix mille objets et espaces, du presse-citron aux hôtels internationaux. Son travail figure dans les collections permanentes du MoMA à New York et du Centre Pompidou à Paris.
Reconnu pour sa capacité à toucher des domaines aussi variés que l’ameublement, l’architecture ou les technologies, Starck s’impose comme une figure incontournable du design contemporain. D’autres créateurs marquent aussi leur époque, mais l’empreinte de Starck se distingue par son ampleur et son audace.
Plan de l'article
Pourquoi Philippe Starck est-il considéré comme une icône du design contemporain ?
Impossible d’ignorer l’éclectisme de Philippe Starck. Il traverse les époques, brouille les frontières entre les disciplines et s’impose dans chaque univers où il pose la main. Sa marque de fabrique ? Un mélange d’invention, de fantaisie et de sens pratique, qui s’infiltre autant dans un simple objet du quotidien que dans la scénographie d’un palace. La chaise Louis Ghost en est la parfaite illustration : ce fauteuil transparent, conçu pour Kartell, revisite avec panache des codes historiques et impose une nouvelle grammaire au design contemporain.
Starck ne s’arrête pas à la conception d’objets. Grâce à ses collaborations avec Kartell ou Alessi, il rend accessibles des créations devenues références. Le presse-agrumes Juicy Salif, par exemple, dépasse le simple statut d’ustensile. Sa silhouette intrigante et son aspect presque sculptural injectent une dose d’ironie et de poésie dans le geste le plus banal. Ici, pas question de réserver la beauté à une élite : le design se doit de toucher tous les foyers, de s’inscrire dans la vie de chacun.
Mais l’influence de Starck ne s’arrête pas aux objets. Il transforme l’architecture intérieure, notamment avec ses projets pour le Royalton Hotel, l’Hudson Hotel et le Mondrian Hotel. Là, il orchestre des espaces où l’esthétique épouse la convivialité, où chaque détail, du mobilier aux jeux de lumière, reflète une réflexion profonde sur le quotidien. Ce qui fait la singularité de Starck, c’est sa capacité à casser les codes, à s’affranchir des frontières entre art, industrie et architecture.
Le parcours atypique d’un créateur visionnaire
Paris, années 1970. Philippe Starck s’installe dans le paysage avec la détermination de casser les barrières. Très vite, il s’émancipe du carcan des arts décoratifs pour s’aventurer vers un design ouvert à tous. Sa démarche : abolir les cloisons, inventer un langage qui circule librement entre mobilier et aménagement d’espaces. Résultat : une série de projets qui interpellent, déstabilisent, séduisent, sans jamais sacrifier la fonction sur l’autel de la forme.
Au fil des décennies, sa renommée grandit. Les années 1980 voient Starck multiplier les collaborations avec des éditeurs de renom, à Paris comme à l’international. Il s’attaque à la métamorphose d’hôtels emblématiques, de New York à Bordeaux, tout en poursuivant un objectif clair : démocratiser le design. Chez lui, détourner les codes n’est pas une posture, mais une méthode. Il préfère l’irrévérence à la redite, mise sur l’humour et l’efficacité, taille dans le gras pour ne garder que l’essentiel.
Starck ne limite pas ses interventions à la capitale. Il insuffle son énergie à Bordeaux, Metz, ou à la Maison Heler, preuve de sa capacité à conjuguer histoire et modernité sur tous les terrains. De la création d’objets à l’architecture d’intérieur, il avance sans entraves, insensible aux frontières entre disciplines. Sa trajectoire, jalonnée de mobilier iconique et d’hôtels marquants, s’écrit sur le mode de l’expérimentation, avec en toile de fond un engagement social indéniable.
Objets cultes et projets emblématiques : l’empreinte Starck dans le quotidien
Difficile de parler de design contemporain sans évoquer la chaise Louis Ghost, pensée par Philippe Starck pour Kartell en 2002. Transparente, robuste, impertinente, elle s’est installée partout : appartements, musées, restaurants. Elle incarne ce que Starck revendique, une esthétique ouverte, dénuée de complexes, qui traverse les modes et les générations.
Autre objet manifeste : le presse-agrumes Juicy Salif, édité par Alessi. Ici, l’ustensile devient manifeste. Sa silhouette audacieuse, presque provocante, fait débat sur sa praticité mais s’impose sans conteste sur les plans de travail. Starck, une fois encore, fait glisser le quotidien dans l’art du design. Il détourne l’utilitaire, instaure la surprise, brouille la frontière entre la sculpture et l’objet.
Côté architecture intérieure, Starck a bouleversé l’hôtellerie new-yorkaise. Le Royalton, l’Hudson, le Mondrian : trois adresses mythiques, transformées par son œil. Lignes épurées, jeux de lumière, clins d’œil malicieux aux icônes du passé. Ces lieux portent sa signature : une expérience qui privilégie la sensation, la convivialité, loin des conventions poussiéreuses.
Starck multiplie également les collaborations avec des maisons internationales : Kartell, Alessi, mais aussi des projets à Paris, Bordeaux, Miami. À chaque nouvelle aventure, il bouscule les habitudes, affirme sa vision. Innovation, fonctionnalité, humour : son style s’inscrit dans le quotidien et ne cesse de le réinterpréter.
D’autres designers à découvrir pour élargir votre horizon créatif
Le design ne se résume pas à Philippe Starck. D’autres créateurs, parfois plus discrets mais tout aussi novateurs, redessinent l’esthétique contemporaine et transforment nos usages. Voici quelques noms qui méritent le détour :
- Ingo Maurer réinvente la lumière. Sa lampe Lampampe, véritable icône, modifie la perception de l’espace domestique par sa poésie et sa délicatesse.
- Florence Knoll, co-fondatrice de Knoll, a imposé sa rigueur moderniste dans les bureaux du monde entier. Son sens de l’organisation et du détail a donné naissance à des intérieurs fonctionnels et élégants.
- Achille Castiglioni, entouré de ses frères Pier Giacomo et Livio, multiplie les expérimentations, créant des objets cultes comme la lampe Arco ou la Sella, toujours en équilibre entre technique et humour.
- Charlotte Perriand imagine des refuges de montagne, repense la notion d’habitat et fait avancer l’innovation sociale grâce à son mobilier visionnaire.
- Patricia Urquiola, à la tête de la création chez Cassina, fusionne artisanat et technologies pour faire évoluer le mobilier contemporain.
Sur le terrain du design industriel, Dieter Rams pose les fondations de l’épure chez Braun, influençant durablement l’esthétique minimaliste d’Apple et de Jony Ive. Paula Scher, pilier du studio Pentagram, bouleverse les codes de l’identité visuelle et mêle habilement graphisme et architecture urbaine. India Mahdavi quant à elle, insuffle de la couleur et de la singularité aux intérieurs, créant des ambiances marquantes de Paris à Londres.
Les tendances se croisent, les inspirations se répondent. Frank Gehry insuffle de l’audace à l’architecture muséale, Norman Foster façonne le visage des grandes villes, tandis que Rei Kawakubo et Virgil Abloh déplacent la frontière entre mode et design. Le design, c’est ce dialogue permanent entre les époques, les usages, les cultures et les personnalités. De quoi donner à chacun l’envie de regarder autrement les objets qui peuplent son quotidien… et, qui sait, de repérer le prochain geste révolutionnaire.


